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La RDC contre la création de milices d’auto-défense après les massacres dans l’est

Les autorités congolaises ont demandé aux civils de ne pas organiser de milices d’auto-défense après la série de massacres qui a fait une centaine de morts en un mois dans l’est du pays, a indiqué le ministre de la Défense, Alexandre Luba Ntambo.

Lundi, le chef de l’Etat Joseph Kabila a présidé une réunion extraordinaire du Conseil supérieur de la défense.

“Le conseil met en garde quiconque aurait l’idée pernicieuse de créer toute forme de milice susceptible de créer la confusion ou de gêner les actions des services de l’Etat, seuls chargés de la défense et de la sécurité des personnes et de leurs biens”, indique le communiqué de M. Luba Ntambo, lu mardi sur la chaîne publique.

Le conseil “exhorte plutôt la population à garder une vigilance tous azimuts”, à “encourager nos vaillants soldats” et à “dénoncer tout réseau complice de l’ennemi, ainsi que toute manoeuvre hostile” aux “efforts déployés (…) pour éradiquer les forces négatives, restaurer la paix et la stabilité sur toute l’étendue du pays”.

Du 2 octobre au 2 novembre, une série de massacres attribués aux rebelles musulmans ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF) dans différentes localités du territoire de Beni (est) ont coûté la vie à “environ 120 personnes” et poussé des milliers de familles à fuir, selon la Société civile de la province du Nord-Kivu.

Le conseil supérieur de la défense a “demandé le renforcement des unités des forces armées et de la police nationale” dans le territoire de Beni, souligné que les auteurs des violences et leurs complices devaient être “traduits devant la justice”, et sollicité un “accroissement d’aide humanitaire en faveur des populations victimes et des déplacés”.

En octobre, suite aux massacres, des manifestations violentes avaient ciblé la Mission de l’ONU (Monusco), chargée d’appuyer la lutte contre les nombreux groupes armés locaux et étrangers qui sévissent dans l’est depuis parfois deux décennies. Parmi ces rébellions figurent des milices dites “Maï-Maï”, qui étaient initialement des groupes locaux d’autodéfense constitués dans les années 1990.

A Beni, important carrefour commercial de 500.000 habitants, une trentaine de personnes ont été massacrées dans la nuit du 15 au 16 octobre, et 11 autres dans la nuit de samedi à dimanche, quelques heures après le départ du président Kabila, qui avait promis de “vaincre” l’ADF.

Dimanche, de violentes manifestations ont éclaté à Beni, où des citoyens ont saccagé le “rond-point Kabila”. Dans l’après-midi, un couvre-feu a été instauré de 18h30 à 06h00 (de 16h30 à 04h00 GMT). Plus tard, des groupes se sont réunis en différents endroits pour assurer eux-mêmes leur sécurité.

Une démarche dangereuse, selon le maire de Beni, Bwanakawa Nyonyi. Vendredi, un rebelle présumé – ougandais ou rwandais, selon les sources – a été lynché et tué. Mais “quand les services se sont penchés sur le dossier, il s’averrait qu’il venait de Rutshuru (territoire plus au sud) et migrait vers la Province orientale (Nord-Est)”, a déploré M. Bwanakawa.

Hostile au président ougandais Yoweri Museveni, l’ADF est active depuis 1995 dans une région montagneuse du territoire de Beni, où elle multiplie massacres, pillages ou enrôlements forcés contre les civils et se livre à de lucratifs trafics, dont celui de bois.

L’armée congolaise et la Monusco ont lancé depuis janvier une série d’attaques qui ont affaibli l’ADF. Celle-ci a toutefois conservé une capacité de nuisance et repris l’initiative depuis la mort brutale, en août, du général Jean-Lucien Bahuma, chef des opérations de l’armée congolaise.

Lundi et mardi, en périphérie de Beni, des combats ont opposé de présumés rebelles de l’ADF et l’armée, appuyée par la Monusco, qui doit renforcer sa présence dans la région.

 

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