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Les anciens maîtres blancs de l’Afrique du Sud vont finir au musée

Victimes d’actes de vandalisme ces dernières semaines, les statues des anciens maîtres blancs qui trônent dans les villes sud-africaines devraient finir dans des “parcs à thème”, pour clore un débat qui tourne à l’affrontement racial.

Dans la foulée d’un mouvement des étudiants de la prestigieuse Université du Cap (UCT) qui ont exigé – et obtenu – que tombe la statue du colonisateur britannique Cecil Rhodes (1853-1902) de leur campus, de nombreux monuments ont été la cible d’attentats divers en avril.

Ce sont surtout les Combattants pour la liberté économique (EFF), le mouvement d’extrême-gauche du tribun radical Julius Malema, qui sont passés à l’action, exigeant de faire table rase de ces symboles du passé. L’ancien dirigeant afrikaner Paul Kruger et son ennemie la reine Victoria ont été aspergés de peinture, on a passé au cou du soldat britannique d’un monument aux morts le pneu enflammé réservé aux traîtres et aux voleurs…

L’ANC, le parti au pouvoir depuis la chute du régime de l’apartheid, a été obligé d’appeler au respect de l’ordre.

“Nous avons bien perçu le sentiment du pays quand à l’élimination des statues des racistes et des colonialistes”, a relevé le président Jacob Zuma.

“Ce qui est important est que tout doit être fait d’une façon ordonnée et en respectant les lois du pays”, a-t-il ajouté.

Il s’est dit “heureux que le débat ait commencé”. Car si l’ANC qu’il dirige rêve depuis longtemps de se débarrasser des “monuments coloniaux”, il n’a jusqu’à présent pas trop osé heurter de front la minorité blanche, au nom de la réconciliation nationale chère à feu Nelson Mandela.

“Vous pouvez imaginer, si vous aviez une statue d’Adolf Hitler au milieu de Tel-Aviv en Israël”, a fini par se lâcher le porte-parole du parti dominant Zizi Kodwa pour décrire le sentiment que ressent la majorité noire en passant devant ces symboles de l’oppression passée.

Pour Garth Stevens, professeur de psychologie à l’Université du Witwatersrand, les attaques contre les monuments ne visent pas directement la minorité blanche (9% de la population), mais son emprise toujours bien présente sur la société et l’économie sud-africaines, vingt-et-un ans après l’élecion du premier président noir.

– Camp de concentration –

“Ce n’est pas tant une question de noir contre blanc”, estime-t-il. “Il s’agit de la façon dont il faut restructurer la société sud-africaine pour que les conditions de vie et les réalités de la vie sociale soient plus équitables.”

Du coup, le gouvernement a créé une commission. Elle aura entre trois et cinq ans pour recenser tous les monuments, mais aussi les noms de lieux, “qui sont considérés comme offensants”, selon le ministre de la Culture Nathi Mthetwa.

Si la statue de Cecil Rhodes a disparu du campus de l’UCT, celui que l’encyclopédie en ligne Wikipedia décrit encore comme “homme d’affaires, magnat des mines, homme politique et philanthrope britannique”, a toujours un imposant mémorial juste à côté, un boulevard portant son nom en contrebas, une gigantesque statue dans le jardin central du Cap…

Pire encore, les fondateurs de l’apartheid ont toujours quelques avenues à leur nom.

Le ministre de la Culture a annoncé que les monuments retirés des espaces publics seraient regroupés dans des “parcs à thèmes”. A l’image du Memento Park de Budapest, un vaste musée en plein air qui abrite d’anciennes statues à la gloire du communisme.

“L’idée forte, c’est que toutes les statues qui seront enlevées soient réunies en un endroit, mais d’une façon pédagogique”, précise son porte-parole Sandile Memela. “Aucune statue ne sera détruite!”

Immanquablement, des protestations ont suivi.

“Nous pensons que cela créerait une sorte de camp de concentration pour statues”, s’est emportée Alana Bailey, une dirigeante du lobby AfriForum, très en pointe dans la défense de l’héritage afrikaner (apartheid compris). Une référence à la guerre des Boers (1899-1902) pendant laquelle les Britanniques avaient regroupé les habitants des campagnes dans des camps pour les empêcher d’aider la guérilla afrikaner.

Les autorités annoncent une période de consultation, dont le résultat est connu d’avance si l’ANC – un mouvement de masse qui récolte entre 60 et 70% des voix à chaque élection – fait parler ses troupes.

Les statues qui passeront à la trappe seront, selon le porte-parole du parti Keith Khoza, “celles qui ont déjà été enlevées, celles qui n’unissent pas notre nation, celles qui représentent le passé”

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