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Renouvelable et nucléaire: l’ambitieux mélange sud-africain pour sortir du tout charbon

Ultra dépendante du charbon pour sa production d’électricité, l’Afrique du Sud veut diversifier rapidement son approvisionnement énergétique pour éviter les coupures récurrentes qui minent son économie. D’ambitieux projets d’énergie renouvelable sont déjà en route mais le nucléaire reste l’alternative la plus sérieuse.

Près de la ville industrielle de Vereneeging, six grandes turbines crachent une fumée blanche devant le paysage désolé de la campagne sud-africaine, à une heure au sud de Johannesburg. Avec ses 3.600 MW d’électricité produites, la centrale à charbon de Lethabo fournit à elle seule 8% de la production nationale.

La centrale, exploitée par le fournisseur national Eskom, utilise du charbon de mauvaise qualité, moins cher mais présent en abondance dans cette région du pays.

“Nous n’avons pas de grandes ressources en eau, le solaire reste cher à mettre en place et l’éolien n’est pas fiable à 100% car le vent ne souffle pas tout le temps. L’option la moins chère pour l’heure pour produire la majorité de notre énergie demeure le charbon”, qui fournit 85% de l’énergie du pays, estime le directeur de la centrale, Thomas Conradie.

Deux super-centrales à charbon, Medupi et Kusile (4.800 MW chacune), sont d’ailleurs en construction. Mais le pays voudrait sortir de cette dépendance, en développant son parc nucléaire.

L’Afrique du Sud détient pour le moment la seule centrale nucléaire du continent africain, à trente kilomètres au nord du Cap (sud) où les deux réacteurs de Koeberg produisent 1.830 MW soit 4,4% de l’approvisionnement national.

Le gouvernement veut aller plus loin et cinq pays (France, Russie, Etats-Unis, Chine, Corée du Sud) sont sur les rangs pour empocher la construction de six à huit réacteurs (9.600 MW), à l’issue d’un appel d’offres qui devrait être lancé dans les semaines à venir.

– Première ferme éolienne –

Outre le nucléaire, l’Afrique du Sud mène un autre chantier de front, celui des énergies renouvelables.

“Le charbon va continuer d’être une des sources d’énergie en Afrique du Sud dans le futur. Mais ce qui est important, c’est d’investir avec le soutien des bailleurs internationaux dans le renouvelable pour remplacer peu à peu les énergies fossiles”, explique Brian Mantlana, directeur des questions de changement climatique au ministère de l’Environnement sud-africain.

“C’est une bonne chose d’encourager le solaire ou l’éolien, mais à condition que cela vienne en renfort d’une production de base solide. On ne peut pas abandonner d’un coup le charbon”, nuance le directeur de la centrale de Lethabo, Thomas Conradie.

Le fournisseur national d’électricité Eskom a ouvert cette année sa première ferme éolienne, près de Vredendal, à quatre heures au Nord du Cap. 46 éoliennes de 115 mètres de haut produisent au total 100 MW d’électricité au milieu des étendues désertiques du Namaqualand, sur la route de la Namibie.

“D’ici 2030, l’objectif est de quasiment doubler notre capacité de production d’électricité dans le pays. Et nous voulons que 42% de ces nouvelles énergies viennent du renouvelable, soit 17.800 MW”, explique Ayanda Nakedi, directrice du département renouvelable pour Eskom.

Outre cette ferme éolienne, un projet solaire est en cours de construction dans le nord du pays pour produire 100 MW supplémentaires.

Mais Eskom est loin d’être le seul à se pencher sur les énergies renouvelables: encouragés par le gouvernement, de nombreux investisseurs privés développent d’autres projets.

“Ces objectifs sont réalistes, nous avons déjà 3.000 MW produits par les énergies renouvelables, grâce à des projets du secteur privé”, précise Mme Nakedi.

“Le gouvernement sud-africain a fixé des objectifs très ambitieux pour 2030, 8.000 MW pour l’éolien, autant pour le solaire. Les politiques pour le soutien des énergies renouvelables sont robustes et les objectifs devraient être atteints”, indique Olivier Grandvoinet, responsable des projets liés au changement climatique pour l’Agence Française de Développement qui a participé au financement de la ferme éolienne, grâce à un prêt de 100 millions d’euros.

“L’Afrique du Sud fait des efforts et sa politique pour le renouvelable est considérée par beaucoup comme un exemple à l’international”, ajoute t-il.

“Le plus grand défi c’est de financer ces nouvelles infrastructures”, reconnaît Mme Nakedi, ajoutant que le tarif de l’énergie risque d’augmenter.

Outre le solaire et l’énergie, l’Afrique du Sud a d’ores et déjà promis d’acheter la moitié de l’électricité produite par le futur barrage du Grand Inga en République Démocratique du Congo, mais la date de production des premiers mégawatts de ce projet pharaonique demeure encore incertaine.

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