À l’heure où l’Afrique intensifie ses efforts pour réduire la fracture énergétique et moderniser ses infrastructures, les sociétés publiques d’électricité d’Afrique du Sud, de Zambie et d’Ouganda s’imposent comme des acteurs clés de l’African Energy Week (AEW) 2026, prévu du 12 au 16 octobre au CTICC1 du Cap. Leur présence illustre le rôle central des utilities dans la transformation industrielle et économique du continent.
Eskom, pilier du système sud-africain, a enregistré plus d’un an d’approvisionnement continu grâce à son plan de redressement général. L’entreprise poursuit l’extension de ses centrales nucléaires, le déploiement de compteurs intelligents et le renforcement de l’alimentation des industries.
Ces avancées s’inscrivent dans la logique du Plan intégré des ressources 2025, qui prévoit l’ajout de 105 GW de capacité d’ici 2039, et du programme REIPPP destiné à mobiliser les investissements privés. « Nous renforçons nos capacités de production et de transmission pour soutenir la croissance industrielle et sécuriser l’avenir énergétique », a déclaré Dan Marokane, directeur général d’Eskom Holdings.
En Zambie, ZESCO conduit une stratégie de diversification avec l’expansion de l’hydroélectricité au Kariba et dans les provinces du Nord, tout en développant des projets solaires majeurs : Mansa (50 MW), Chisamba (200 MW) et Mailo (100 MW). Le pays investit également dans les interconnexions régionales, avec une ligne de 100 millions de dollars reliant la Tanzanie et un projet d’interconnexion avec le Botswana.
« Nos investissements visent à fiabiliser l’approvisionnement et à soutenir l’essor du secteur minier, tout en positionnant la Zambie comme hub énergétique régional », a souligné Justin C. Loongo, PDG de ZESCO Limited.
L’Ouganda, de son côté, a vu sa capacité de production passer de 850 MW en 2014 à plus de 2 052 MW en 2025. Le défi se déplace désormais vers la transmission et la distribution. UETCL pilote la Vision Grid Map 2040, qui prévoit l’expansion des réseaux à l’échelle nationale.
Un accord stratégique avec Gridworks pour moderniser le réseau national illustre cette ambition. « Le renforcement de la transmission est essentiel pour transformer la capacité installée en accès fiable pour les ménages et les industries », a affirmé Richard Matsiko, PDG de l’UETCL.
Ces dynamiques traduisent une Afrique où les utilities deviennent des architectes de l’avenir industriel. NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre africaine de l’énergie, résume : « Les compagnies électriques sont au cœur du futur industriel africain. Si nous voulons éradiquer la pauvreté énergétique, il faut une collaboration renforcée entre utilities, gouvernements, investisseurs et fournisseurs de technologies. »
Sur le plan mondial, l’expansion des réseaux africains ouvre des perspectives pour les investisseurs et les chaînes d’approvisionnement. L’essor des énergies renouvelables et de l’hydroélectricité répond à la demande internationale de diversification, tandis que les interconnexions régionales favorisent le commerce transfrontalier. Toutefois, les défis de financement, de gouvernance et de coûts d’infrastructure demeurent.
Les analystes se montrent prudemment optimistes : les utilities africaines affichent une volonté claire et des résultats tangibles, mais la pérennité dépendra de la stabilité des politiques, de la mobilisation du secteur privé et de l’innovation technologique. Pour les marchés mondiaux de l’énergie, l’Afrique représente à la fois une opportunité de nouveaux flux et un risque lié aux écarts d’exécution.
La décennie à venir dira si ces ambitions se traduiront en systèmes énergétiques fiables, capables de soutenir l’industrialisation et d’intégrer le continent dans les circuits mondiaux.

