La suspension nationale en RDC des activités de traitement des substances minérales issues de l’exploitation artisanale marque un tournant brutal pour l’économie minière congolaise, avec des répercussions immédiates sur l’emploi, la sécurité des sites et la stabilité sociale de nombreuses communautés, dans un contexte de pression accrue sur la gouvernance des minerais stratégiques.
Par l’arrêté ministériel N°00964, le ministre des mines ordonne l’arrêt des activités de toutes les entités de traitement liées à l’exploitation minière artisanale, sans distinction entre structures légales et illégales, sur l’ensemble du territoire.
La mesure vise officiellement à rétablir la conformité au Code minier révisé, renforcer la traçabilité des flux et mettre fin à des circuits opaques échappant au contrôle de l’État.
Sur le terrain, l’impact est immédiat : arrêt des activités, perte soudaine de revenus pour des milliers de creuseurs artisanaux et fragilisation d’économies locales déjà sous pression.
Le texte ministériel s’inscrit dans une volonté de reprise en main d’un secteur artisanal longtemps toléré dans des zones grises, souvent au sein ou à proximité de concessions industrielles. Mais l’absence de mesures d’accompagnement accentue le choc social, notamment pour les creuseurs contraints de quitter des sites sans alternatives opérationnelles clairement identifiées.
Pour Dominique Kibanza, expert minier de KTC Consulting basé à Lubumbashi, la décision doit être lue sur deux plans. Sur le plan technique, « la mesure est dure à court terme, mais salutaire à moyen et long terme. Elle met fin au business facile, opaque et rapide, et ouvre la voie à un modèle structuré, traçable et défendable devant l’État et les investisseurs. Le nouveau contexte exige des partenariats propres et bancables. La RDC n’interdit pas l’exploitation minière, elle impose la conformité ».
Sur le plan politique et social, la lecture est plus critique. « La RDC a récemment signé des accords avec Washington sur les minerais stratégiques. Or, les zones concernées sont largement occupées par des opérateurs étrangers, notamment chinois, qui contrôlent aussi des unités de traitement, surtout dans le Grand Katanga. Dans le même temps, le pays fait face à un problème sérieux d’emplois, particulièrement pour les creuseurs artisanaux. Sans réponses concrètes, cette décision risque d’alimenter l’insécurité sociale ».
L’expert souligne également un déficit de pédagogie. « L’arrêté aurait dû être vulgarisé. Dans son esprit, il est conforme au Code minier révisé et concerne les usines légales et illégales sans distinction ».
Kibanza insiste sur la responsabilité de l’État envers les creuseurs artisanaux. « Ils doivent quitter les concessions des sociétés minières, qui s’acquittent d’une redevance minière de 0,3 % du chiffre d’affaires. Le gouvernement doit leur identifier de nouveaux sites pour éviter les empiétements, comme annoncé par le ministre des Mines. La SAEMAPE doit renforcer l’encadrement de l’exploitation à petite mine afin de réduire les risques d’éboulements ».
Ces risques restent au cœur des préoccupations après l’éboulement récent de Molondo, survenu dans un contexte d’absence de redevabilité claire sur les responsabilités. Aucun mécanisme transparent n’a permis d’établir les fautes, renforçant le sentiment d’abandon au sein des communautés affectées.
La situation est aggravée par une inquiétude croissante liée à la présence renforcée des militaires sur plusieurs sites miniers artisanaux. Sur le terrain, cette présence est perçue non comme une sécurisation neutre au profit des communautés, mais comme un dispositif de protection de sites et d’intérêts privés, souvent attribués à des individus influents, réputés proches de la famille présidentielle.
Pour de nombreux acteurs locaux, cette militarisation n’aurait pas dû accompagner une mesure administrative destinée à réorganiser l’exploitation artisanale, au risque d’accentuer la défiance envers l’État.
À court terme, les analystes anticipent une contraction de l’activité artisanale, une baisse des revenus locaux et une montée des tensions sécuritaires dans plusieurs provinces minières.
À moyen et long terme, la décision pourrait poser les bases d’un secteur artisanal plus formel et plus attractif, à condition d’être accompagnée de solutions concrètes pour les creuseurs, de transparence institutionnelle et d’une gouvernance crédible.
Sans cela, le risque est réel de voir l’exploitation basculer davantage dans la clandestinité, avec un coût social et sécuritaire élevé pour l’économie congolaise.


