Le déficit d’électricité demeure un frein structurel aux ambitions minières de la République démocratique du Congo (RDC), limitant les perspectives d’expansion industrielle et de transformation locale des minerais. Un projet d’interconnexion électrique de 300 millions de dollars avec la Zambie pourrait contribuer à desserrer cette contrainte. Son impact économique dépendra toutefois de sa capacité à fournir une électricité fiable et compétitive aux mines, aux industries et aux entreprises.

Le projet Kalumbila–Kolwezi (KKIP) prévoit la construction d’une ligne à haute tension d’environ 200 kilomètres reliant Kalumbila, en Zambie, à Kolwezi, dans le sud-est de la RDC. Un accord-cadre stratégique a été signé entre le Fonds d’investissement stratégique de la RDC (FIS-RDC), Enterprise Power DRC (EnPower), Trafigura et Gridworks Development Partners, en vue de financer, construire et exploiter l’infrastructure.

Avec une capacité thermique de 700 MW, la ligne doit permettre l’importation de jusqu’à 550 MW d’électricité à des conditions compétitives vers le Copperbelt congolais. Sa conception prévoit également une extension potentielle au-delà de 1 GW. Face à un déficit structurel d’électricité supérieur à 1 GW en RDC, cette capacité pourrait apporter une contribution significative, sans toutefois suffire à combler à elle seule le manque d’approvisionnement.

Pour les compagnies minières, l’enjeu dépasse la continuité des opérations existantes. Un accès fiable à l’électricité de base peut déterminer la viabilité de nouveaux projets, l’augmentation des capacités de traitement et le développement du raffinage local.

Une alimentation supplémentaire pourrait ainsi soutenir la production, l’investissement et les recettes publiques, à condition que l’électricité soit disponible à un coût économiquement viable.

Le montage financier constitue un autre aspect stratégique du projet. Le FIS-RDC, EnPower et Gridworks ont confirmé leur intention de participer au capital, Gridworks devant agir comme investisseur principal et actionnaire majoritaire. Trafigura s’est engagée à organiser une part importante du financement par dette. Des discussions sont également en cours avec des entités zambiennes en vue d’une éventuelle participation.

Pour le FIS-RDC, il s’agit du premier investissement annoncé depuis sa création en octobre 2025. Son directeur général, Emile Osumba, a déclaré : « En soutenant un projet porté par un développeur privé congolais, le FIS-RDC démontre que les capitaux souverains peuvent servir de catalyseur à l’investissement privé plutôt que de s’y substituer. »

Cette approche pourrait contribuer à structurer un modèle de financement des infrastructures stratégiques associant capitaux publics, investisseurs privés et partenaires internationaux. Il convient néanmoins de distinguer les intentions d’investissement et les engagements d’organisation du financement d’une levée complète des fonds ou d’une décision finale d’investissement.

Pour EnPower, l’accord marque une étape importante vers la réalisation de l’infrastructure. Son directeur général, Marc Orphanides, a souligné qu’elle devait apporter « une capacité supplémentaire significative pour répondre à la demande croissante en électricité de l’industrie minière de la RDC ». Le projet a obtenu les concessions, licences et autorisations nécessaires et se trouve, selon les parties, à un stade avancé de développement. Le bouclage financier et l’exécution restent toutefois déterminants.

La Zambie pourrait également en tirer profit grâce à de nouvelles possibilités d’exportation pour ses producteurs d’électricité et à une capacité de transport supplémentaire pour les opérateurs agréés.

Au sein du Pool énergétique d’Afrique australe (SAPP), le renforcement des interconnexions pourrait faciliter les échanges transfrontaliers et améliorer l’adéquation entre l’offre et la demande régionales. Ces bénéfices dépendront néanmoins de la disponibilité de la production, des accords commerciaux et des prix pratiqués.

Pour les investisseurs, les prochaines étapes seront décisives : finalisation du financement, éventuelle participation d’investisseurs zambiens, lancement de la construction et mise en place d’échanges commerciaux fiables.

La réussite du projet ne se mesurera pas uniquement à sa capacité théorique, mais à l’électricité effectivement livrée et à sa contribution à l’investissement industriel. Le KKIP pourrait renforcer l’intégration énergétique régionale ; sa valeur économique dépendra de sa mise en œuvre et de sa capacité à lever durablement les contraintes d’approvisionnement.

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