La République démocratique du Congo impose un nouveau régime de contrôle stratégique sur ses exportations de cobalt, avec la confirmation par l’ Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (ARECOMS) que la suspension actuelle restera en vigueur jusqu’au 15 octobre 2025. Dès le 16 octobre, un système de quotas entrera en application, plafonnant les exportations à 18 125 tonnes jusqu’à la fin de l’année.
Cette décision marque un tournant dans la manière dont le premier producteur mondial de cobalt entend gérer l’offre, le pouvoir de fixation des prix et la valorisation locale, dans un contexte de demande mondiale croissante pour les métaux de batterie.
Le communiqué officiel ARECOMS 2025/004 détaille un mécanisme à double volet : un quota de base de 87 000 tonnes pour 2026, réparti proportionnellement entre les exportateurs selon leurs volumes historiques, et un quota stratégique de 9 600 tonnes réservé aux projets nationaux prioritaires. Les entreprises ayant exporté moins de 100 tonnes en 2024, sans opérations minières actives ou avec des réserves épuisées, sont exclues à l’exception des entités publiques EGC et STL, qui conservent un statut spécial.
L’ARECOMS se réserve également le droit de réallouer les volumes non utilisés et de racheter les stocks excédentaires, introduisant une flexibilité réglementaire inédite.
« Ce n’est pas qu’un durcissement réglementaire, c’est une reconfiguration du levier congolais dans la transition énergétique mondiale », explique Dominique Kibanza, consultant minier basé à Lubumbashi. « En liant les exportations à des quotas stratégiques et en excluant les raffineurs passifs, le gouvernement affirme que le cobalt doit servir le développement national, pas uniquement les chaînes d’approvisionnement étrangères. Mais le véritable enjeu sera la transparence dans l’allocation des quotas et l’intégration équitable des producteurs artisanaux. »
Les analystes anticipent des perturbations à court terme dans les chaînes d’approvisionnement, notamment pour les raffineurs chinois et les fabricants européens de batteries dépendants du cobalt congolais.
Le plafond d’octobre, limité à 3 625 tonnes soit moins de la moitié du volume autorisé en novembre pourrait provoquer une volatilité des prix et des comportements de thésaurisation.
Par ailleurs, la nature discrétionnaire du quota stratégique introduit une incertitude pour les traders et les équipementiers en quête de flux prévisibles. Toutefois, le mécanisme d’ajustement trimestriel offre une marge de manœuvre contre les déséquilibres extrêmes, suggérant que l’ARECOMS privilégie une flexibilité maîtrisée plutôt qu’un contrôle rigide.
Pour les marchés mondiaux, les implications sont doubles : une offre de cobalt plus restreinte et plus politisée en provenance de la RDC, et une accélération probable des stratégies de diversification et de recyclage.
Pour le Congo, cette politique représente une tentative audacieuse de captation de valeur, dont le succès dépendra de sa mise en œuvre, de sa transparence et de sa capacité à concilier ambition industrielle et réalité artisanale.
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