L’Afrique du Sud détient une part majeure du bassin de l’Orange, estimé à près de 30 milliards de barils de ressources pétrolières potentielles, mais elle n’a foré aucun puits d’exploration depuis 2022.

En comparaison, la Namibie voisine, qui partage la même formation géologique, a déjà réalisé plus de 20 forages exploratoires et d’évaluation réussis sur la même période. Des projets totalisant plus de 1,6 milliard de dollars américains ont été suspendus en raison de recours judiciaires déposés par des ONG environnementales financées depuis l’étranger.

Pour de nombreux analystes, sans réforme législative claire et sans un engagement communautaire renforcé, le pays risque de laisser échapper une occasion historique de relancer son économie énergétique.

Selon les données de la Chambre africaine de l’énergie, ces blocages répétés ont découragé plusieurs investisseurs majeurs, notamment TotalEnergies, qui a suspendu en 2024 son ambitieux projet gazier Luiperd-Brulpadda après de longues batailles juridiques.

Les recours portaient principalement sur des consultations communautaires jugées insuffisantes et des études d’impact environnemental (EIE) incomplètes. « Le processus d’obtention des permis est devenu inacceptable », a déclaré Emmanuelle Garinet, vice-présidente Exploration Afrique chez TotalEnergies, précisant qu’obtenir un seul permis pouvait prendre jusqu’à quatre ans, un délai difficilement soutenable dans un contexte mondial de forte concurrence pour le capital.

Pour Nandi Mokoena, économiste indépendant du secteur de l’énergie, le problème dépasse la question écologique : il s’agit d’un manque de clarté réglementaire. « Les batailles juridiques à répétition se transforment en véritable lawfare, une stratégie visant à bloquer les investissements par le droit », souligne-t-il. « L’Afrique du Sud n’a pas besoin de pointer du doigt, mais de réformer son système : un cadre clair pour les EIE et des règles de consultation uniformes protégeraient à la fois l’environnement et la confiance des investisseurs. »

Un changement de cap semble toutefois se dessiner. Le 16 octobre 2025, le ministre des Ressources minérales et pétrolières, Gwede Mantashe, a annoncé la levée prochaine du moratoire sur le gaz de schiste dans la région du Karoo, en vigueur depuis 2011.

Ces nouvelles réglementations, axées sur la sécurité environnementale et la gestion de l’eau, offrent un modèle de développement contrôlé susceptible d’inspirer la réforme du secteur offshore.

Le directeur général adjoint Tseliso Maqubela a reconnu que l’État avait été « défaillant sur le plan technique » lors de précédentes consultations et s’est engagé à uniformiser les protocoles d’engagement communautaire.

Pour Gil Holzman, PDG d’Eco Atlantic, cette évolution est vitale : « Si vous ne pouvez pas explorer, développer et produire, l’argent ira ailleurs. » Face à une Namibie qui attire déjà des milliards de dollars d’investissements, les analystes estiment que l’Afrique du Sud doit agir rapidement.

Un cadre juridique prévisible, des consultations transparentes et une meilleure communication avec les communautés locales seraient les clés pour regagner la confiance des investisseurs et transformer un potentiel énergétique colossal en moteur réel de croissance économique.

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