Un mémo explosif adressé au nouveau ministre des Mines révèle que la République démocratique du Congo pourrait perdre des milliards de dollars si elle ne réforme pas d’urgence la gouvernance de son secteur minier.
L’ONG Sentinelle des Ressources Naturelles y dénonce l’opacité des quotas d’exportation du cobalt, l’absence d’audits sur les études de faisabilité des projets miniers, et la gestion non transparente du Fonds Minier pour les Générations Futures (FOMIN), qui concentre des centaines de millions de revenus issus des ressources naturelles.
Selon l’organisation, ces défaillances menacent non seulement la crédibilité du pays sur la scène internationale, mais aussi sa capacité à tirer profit de la transition énergétique mondiale.
« Nous sommes face à une triple crise de transparence, de rigueur technique et de vision stratégique », affirme Jean Pierre Okenda , directeur exécutif de la Sentinelle. « Le cobalt congolais ne peut continuer à être géré dans l’arbitraire, sans critères clairs ni redevabilité. Cela fragilise toute la chaîne d’approvisionnement et décourage les partenaires sérieux. »
Le mémo critique la prorogation de la suspension temporaire des exportations de cobalt par l’ARECOMS et l’absence de critères impersonnels dans l’attribution des quotas. Il dénonce également l’instauration de frais additionnels non prévus par le Code minier, qui selon l’ONG, alimentent une logique de rente à court terme. « Ce type de régulation discrétionnaire est incompatible avec les standards internationaux et nuit à la réputation du secteur congolais », insiste Okenda.
Sur le plan technique, l’ONG s’inquiète de la qualité des études de faisabilité, qu’elle juge « bâclées » et « entachées de collusion ». Elle appelle à un audit indépendant du processus d’approbation et à la publication immédiate des études vieilles de plus de cinq ans, comme l’exige la réglementation. « La crédibilité du processus d’approbation est en jeu, tout comme la capacité de l’État à évaluer la viabilité réelle des projets miniers », souligne Okenda.
Le mémo attire également l’attention sur les rejets miniers historiques de Kolwezi et Kakanda, qui contiendraient d’importantes réserves de cobalt encore non certifiées. La cartographie de ces sites est bloquée, faute de financement du FOMIN, pourtant mandaté pour soutenir la recherche minière. « Ces rejets représentent une richesse inexploitée. Le refus de financer leur certification est une occasion manquée », déplore-t-il.
Quant au FOMIN, censé garantir une gestion durable des revenus miniers pour les générations futures, l’organisation déplore l’absence totale de transparence.
Aucun audit, aucun rapport financier, aucune publication sur les recettes et dépenses n’a été rendu public depuis la réforme de 2023. « Le FOMIN ne peut constituer une richesse intergénérationnelle si ses revenus sont gérés dans l’ombre », affirme Okenda.
Enfin, la publication des Études d’Impact Environnemental et Social (EIES) reste largement ignorée, malgré un moratoire de 45 jours accordé en février 2025. La Sentinelle appelle le ministère à faire respecter cette obligation, essentielle à la participation des communautés et à la transparence environnementale.
« Nous ne minons pas seulement des minerais, nous minons l’avenir. Et l’avenir mérite l’intégrité », conclut Jean Pierre Okenda .
100 milliards $ en jeu : les investisseurs misent sur les corridors miniers africains – Matière News


