Lors du International Commodity Summit 2025, tenu à Cape Town du 17 au 20 novembre, un avertissement clair a été lancé lors du panel du deuxième jour : l’Afrique risque de gaspiller son envolée des matières premières si elle ne résout pas une fracture croissante entre les ambitions industrielles nationales et la promesse du libre-échange continental.

Le panel, axé sur le thème « World Economic Outlook and African Value Chain Integration », a mis en lumière une contradiction stratégique : les États membres poursuivent simultanément une industrialisation hyper-locale tout en soutenant, en théorie, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), ce qui fragmente les chaînes d’approvisionnement et affaiblit la compétitivité régionale.

Les prix de l’or ont dépassé les 4 380 dollars l’once et le cuivre a atteint un sommet de 17 mois à 11 200 dollars la tonne métrique, portés par la demande mondiale liée à la transition énergétique. Pourtant, la capacité de l’Afrique à transformer cette dynamique en croissance structurelle reste limitée.

La formation brute de capital fixe sur le continent ne représente en moyenne que 11 % du PIB, bien en deçà des 30 à 40 % observés en Asie. Par ailleurs, le service de la dette extérieure atteint près de 89 milliards de dollars en 2025, réduisant considérablement les marges d’investissement dans les infrastructures et l’industrialisation.

Dr Rutendo Hwindingwi, PDG de Tribe Africa Advisory, a résumé le dilemme : « Nous essayons de développer une capacité continentale en matière de commerce, tout en développant des industries hyper-locales dans chaque pays. Cela crée une dichotomie d’intention. »

Cette approche engendre des chaînes d’approvisionnement segmentées, incapables de générer les économies d’échelle nécessaires à une production compétitive.

L’objectif de la ZLECAf éliminer 90 % des droits de douane pour stimuler le commerce intra-africain  reste largement théorique. En l’absence d’alignement politique et de planification industrielle coordonnée, l’Afrique risque de rester un fournisseur de matières premières, sans évoluer vers l’exportation de produits transformés.

Cette situation a des répercussions mondiales : l’incertitude des chaînes d’approvisionnement persiste, et les marchés internationaux ne peuvent pas compter sur l’Afrique comme source stable de biens raffinés.

« L’Afrique est prête. Sur le papier, nous avons tous les éléments nécessaires… il s’agit maintenant de les assembler et de les concrétiser », a conclu Dr Hwindingwi. Mais une préparation sans mise en œuvre reste une opportunité manquée.

Cette fragmentation interne menace de perpétuer la dépendance, de freiner les flux de capitaux et d’affaiblir le pouvoir de négociation du continent sur les marchés mondiaux.

L’avenir exige une harmonisation urgente des politiques. Si l’Afrique parvient à surmonter ses contradictions internes, elle pourra redéfinir son rôle dans l’écosystème mondial des matières premières non plus comme exportateur passif, mais comme partenaire industriel stratégique.

Par Kelly Mbuyu

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