L’exploitation minière artisanale et à petite échelle (ASM), qui emploie directement près de 45 millions de personnes et soutient indirectement environ 315 millions de vies à travers le monde, s’est imposée comme l’un des thèmes les plus pressants de l’Investing in African Mining Indaba 2026.

Les débats ont porté sur la manière d’intégrer ce vaste secteur informel dans l’économie légale, tout en préservant les moyens de subsistance et en explorant la coexistence avec l’exploitation industrielle.

Ntokozo Nzimande, directrice générale adjointe de la politique minière et pétrolière au Département sud-africain des Ressources minérales et de l’Énergie, a reconnu que malgré la réputation du pays pour son industrie minière à grande échelle, la réglementation de l’ASM avait pris du retard.

Elle a mis en avant les récentes modifications de la loi sur les ressources minérales et pétrolières ainsi que la mise en place d’un système de licences artisanales permettant aux mineurs d’obtenir des permis renouvelables de trois ans pour de petites concessions.

« L’intention est de régulariser ces activités et d’offrir une voie aux mineurs artisanaux pour devenir des juniors et entrer dans le courant principal de l’industrie », a-t-elle déclaré, en évoquant ses souvenirs d’enfance où des grands-mères vendaient du charbon à la brouette pour 10 rands la charge.

En République démocratique du Congo, où l’on compte entre 2 et 3 millions de mineurs artisanaux parmi les 10 millions présents en Afrique, Popol Mabolia Yenga, directeur de Mining Cadastre (CAMI), a expliqué comment la création de zones minières artisanales officielles et de coopératives a permis aux mineurs d’accéder à des services financiers, à l’assurance-vie et aux fonds de retraite.

Ce modèle a transformé une activité de survie en une filière régulée, traçable et commercialisable à l’international.

Le secteur privé joue également un rôle clé. Norman Mukwakwami, responsable mondial de l’approvisionnement responsable chez Trafigura, a décrit un partenariat au sein de la mine de Mutoshi à Kolwezi, où des mineurs artisanaux fournissent du cobalt de manière sécurisée aux marchés mondiaux.

Pour lui, la formalisation ne se limite pas à la légalisation, mais touche directement aux moyens de subsistance, nécessitant une meilleure clarté des marchés et une coopération régionale renforcée.

Sur le plan juridique, Mohammad Stevens, conseiller auprès de l’African Legal Support Facility, a souligné que l’ASM doit être comprise comme une partie intégrante d’une chaîne de valeur plus large.

Les gouvernements, a-t-il ajouté, doivent disposer des ressources nécessaires pour définir des politiques, négocier des accords et intégrer des considérations environnementales, sanitaires et de genre dans les cadres réglementaires.

Les témoignages ont mis en lumière la double réalité de l’ASM : une stratégie de survie pour des millions de personnes et une opportunité de croissance inclusive. L’expérience sud-africaine illustre la dimension humaine du secteur, tandis que le modèle congolais montre comment la régulation peut ouvrir l’accès à des protections sociales et financières.

L’exemple de Trafigura démontre que l’ASM peut alimenter des chaînes d’approvisionnement responsables, même si les analystes avertissent que la généralisation de ces partenariats nécessitera des structures régionales solides.

La dynamique de la formalisation révèle autant de promesses que de risques. Elle peut offrir une sécurité foncière, un accès au financement et une progression vers l’exploitation semi-mécanisée. Mais une régulation trop rigide pourrait marginaliser les communautés vulnérables, et la coexistence avec les grandes compagnies minières reste un équilibre délicat.

Les observateurs de l’Indaba ont identifié trois piliers essentiels : la clarté des politiques pour guider les mineurs, l’intégration aux marchés afin d’assurer la traçabilité, et des garanties sociales pour inclure la sécurité et l’égalité des genres.

Avec 14 millions de mineurs artisanaux dans le monde, dont la majorité en Afrique, l’avenir du secteur influencera non seulement les chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques, mais aussi le destin de millions de familles. L’Indaba 2026 a montré que l’impact de la formalisation se mesurera autant en dignité humaine qu’en volumes extraits.

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