Lors du 9ᵉ Séminaire international de l’OPEP tenu mardi à Vienne, la Chambre africaine de l’énergie (AEC) a lancé un appel clair et pressant aux États membres de l’OPEP et à leurs alliés : il est temps de lever les interdictions mondiales de financement des combustibles fossiles qui freinent le développement de l’Afrique.

Ces restrictions, imposées par des institutions multilatérales et des bailleurs internationaux, ne sont pas seulement injustes  elles limitent l’accès à l’énergie, entravent la croissance économique et empêchent des millions d’Africains de sortir de la pauvreté.

Le continent africain dispose de plus de 125 milliards de barils de pétrole prouvé et de plus de 620 000 milliards de pieds cubes de gaz naturel. Pourtant, plus de 600 millions d’Africains vivent encore sans électricité, et près de 900 millions n’ont pas accès à des moyens de cuisson propres.

Tandis que les pays riches investissent massivement dans leurs infrastructures fossiles pour garantir leur sécurité énergétique, les nations africaines se voient refuser ce même droit au développement.

Depuis 2019, des institutions telles que la Banque européenne d’investissement et la Banque mondiale ont drastiquement réduit ou arrêté le financement des projets liés aux combustibles fossiles.

Si ces décisions répondent aux engagements climatiques des économies du Nord, elles mettent en péril l’industrialisation de l’Afrique. Pire encore, l’Union européenne a introduit en 2022 une taxonomie qui permet de classer le gaz naturel et l’énergie nucléaire comme « activités de transition »  ouvrant ainsi le financement pour l’Europe tout en le fermant pour Lagos, Luanda ou Dakar.

« La plupart de nos institutions multilatérales ne financent pas le pétrole et le gaz elles affirment que c’est mal. C’est profondément hypocrite », a déclaré NJ Ayuk, président exécutif de l’AEC. « Refuser d’investir dans les combustibles fossiles, c’est refuser la justice économique, la sécurité alimentaire et une voie vers la prospérité pour des millions de personnes. Nous ne devons plus nous excuser pour notre pétrole. »

Le discours d’Ayuk reflète une conviction partagée parmi les leaders énergétiques du continent : l’Afrique a besoin de solutions pragmatiques, ancrées dans ses réalités locales  et non d’idéaux imposés de l’extérieur. L’AEC recommande trois actions prioritaires :

  • Revoir les interdictions de financement : Les membres de l’OPEP doivent intervenir auprès d’institutions comme la Banque mondiale pour inverser des politiques obsolètes qui bloquent les projets pétroliers et gaziers en Afrique.
  • Créer un fonds d’investissement soutenu par l’OPEP : Grâce à leurs richesses souveraines, les pays de l’OPEP peuvent établir une plateforme de financement dédiée au développement fossile du continent, et ainsi libérer un potentiel largement inexploité.
  • Adopter une approche énergétique duale : Le continent doit concilier transition énergétique et industrialisation. Le gaz naturel  moins polluant que le charbon, abondant et adaptable  peut alimenter l’agriculture, les industries lourdes, la pétrochimie et les réseaux électriques régionaux.

 Impact continental : du Nigéria à la Zambie, une lutte commune

Des dizaines de pays africains, malgré leur richesse en ressources, peinent à en tirer parti en raison du manque d’accès au capital.

Le Sénégal, le Mozambique, l’Angola ou encore la Guinée équatoriale possèdent des gisements prometteurs, mais les projets sont bloqués. Ce retard freine la création d’emplois, ralentit l’accès à l’énergie et compromet la lutte contre la pauvreté.

Le paradoxe est frappant : alors que beaucoup souhaitent sortir du charbon, les alternatives plus propres comme le gaz naturel restent inaccessibles  faute de financements internationaux.

 Répercussions mondiales : instabilité des prix et transition déséquilibrée

En excluant l’Afrique du financement fossile, l’offre énergétique mondiale se restreint, les prix deviennent plus volatils et les marchés déséquilibrés. La transition énergétique mondiale devient inégalitaire  les pays riches s’adaptent, tandis que l’Afrique doit progresser sans les outils nécessaires.

Ce thème sera au cœur de la Semaine africaine de l’énergie 2025 à Cape Town. Un roundtable OPEP réunira les ministres et décideurs du continent pour mettre en lumière des opportunités concrètes d’investissement et plaider pour une réforme des règles de financement.

Pour que la justice climatique devienne réalité, elle doit inclure la justice énergétique. Et cela passe par le respect du droit de l’Afrique à exploiter ses ressources, à construire ses économies et à répondre aux besoins de ses populations.

L’Afrique ne demande pas la charité. Elle réclame l’équité.

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